J’ai un peu honte.
Ce sujet est devenu un lieu commun et je m’étais presque promis de ne pas l’aborder.

C’était sans compter l’obstination des politiques à mener le projet, celle des médias à le relayer et la stupidité des intervenants invités pour en discuter. J’ai finalement décidé que l’envie soudaine mais répétée d’arracher le volant de ma logan pour en frapper l’autoradio jusqu’à sa totale destruction après chaque intervention de Jean-Louis Murat sur le sujet pouvait être préjudiciable à ma santé mentale et à ma santé tout court.

Le parangon poilu des Inrocks, comme d’autres, ne manque pas de nous expliquer qu’HADOPI c’est bien parce que ne pas rémunérer les artistes, c’est mal. Si l’on est contre HADOPI, on est de facto pour ne pas rémunérer les artistes, ce qui est mal, on vient de le dire. CQFD.
Sauf que cette argumentaire est un sophisme des plus irritants. Si l’on nous proposait de punir le vol par l’amputation du pied gauche, il me semblerait assez légitime de m’élever contre la sanction retenue, sans pour autant me sentir l’ardent défenseur du vol (qui est mal, lui aussi).
Non contente d’être une loi imbécile qui ne traquera que les plus incultes des utilisateurs du net, l’HADOPI est surtout injuste et fondamentalement contraire aux principes sur lesquels devraient à mon sens reposer le droit.

- Le droit à un procès : L’HADOPI sanctionne sans jugement, aveuglément, automatiquement
- Le principe de réparation : En quoi les personnes jugées paient-elles le prix de leur méfait auprès de leur victimes ? Les amendes sont perçues par l’Etat, sans redistribution prévue pour les artistes, producteurs et distributeurs.
- La personnalisation de la peine : M. X est web designer freelance, père trois enfant. Son aîné se fait prendre à plusieurs reprises à télécharger du Florent Pagny. La connection Internet du foyer est coupée, M. X. perd son outil de travail pour une faute qu’il n’a pas commise.

Je ne suis pas juriste et l’on pourra certainement critiquer ou amender cette liste.

Et ce n’est pas parce que l’on dénonce cette loi que l’on est contre le principe du droit d’auteur. Je suis naturellement moi-même, en tant que développeur, pour le moins attaché au principe de propriété intellectuelle.
J’ai bien sûr un goût de mal-à-l’aise concernant cette question. Il serait facile de nier ou de soutenir des propos comme "je télécharge pour voir si j’aime et ensuite j’achète" etc.
La vérité est que je cède à la facilité. J’ai en deux clicks un album lorsqu’il me faut 1- fermer la porte de derrière, 2- vérifier que j’ai mes clés, 3- conduire 30 minutes, 4- Passer 15 minutes à trouver une place de parking, 5- marcher pendant 10 minutes sous la pluie, 6- trouver à la main avec de la chance ce que je recherche sans l’aide d’un moteur de recherche, 7- faire la queue pendant 15 minutes derrière une dame qui s’est mis trop de parfum (ou un monsieur qui aurait dû s’en mettre), 8- payer, 9- marcher 10 minutes sous la pluie jusqu’à la bagnole, 10- payer le parking, 11- Faire 30 minutes de route, 12- une fois chez moi, passer 5 minutes à déchirer le plastique du CD, 13- ripper le cd en ogg vorbis.

Faisons le plus et le moins:
Plus: J’ai soulagé ma conscience en donnant un peu d’argent à l’artiste que je voulais écouter.
Moins: J’ai perdu énormément de temps, j’ai pollué, j’ai acheté un produit polluant, j’ai donné de l’argent à des gens que je n’avais pas envie de sponsoriser (parking, transporteurs du CD, la fnac, le fabricant du plastique à la con, total etc), j’ai maintenant chez moi un objet inutile qui m’encombre.

La démonstration reste valable pour un DVD.
On pourrait me répondre qu’il m’était possible de télécharger l’album sur une plateforme de téléchargement légal. Effectivement. La nuisance se limite alors au choix de l’artiste/album, à la lecture des cgv pour s’assurer que l’on échapera aux DRM, à sortir de sous la couette pour descendre d’un étage chercher sa carte de crédit. Le bilan, certes plus équilibré, reste très négatif. Surtout, on continue à payer le distributeur.

Messieurs dames les artistes, SVP, ouvrez un compte paypal et proposez à la vente une licence. Contre une somme qui vous sera directement adressée, envoyez un droit à télécharger.

Si l’on regarde les chiffres, les Français ne sont jamais autant allé au cinéma mais les ventes de CD et DVD sont en chute libre. La scène pour les artistes audio se porte aussi très bien. Manifestement, il n’y a pas de cabale contre les artistes. C’est le principe de distribution et son média qui sont attaqués. Qui veut d’un morceau de plastique transporté d’Asie que l’on remisera dans une étagère ad-vitam aeternam après l’avoir vu/rippé ? Pas moi en tout cas.

Alors la solution ? Elle ne viendra pas d’HADOPI en tout cas. Cette loi a été créée de toute pièce pour protéger le système de distribution classique, tout en refusant d’en imaginer un autre. La licence globale était une option. La SACEM fonctionne déjà sur le même principe pour tous les lieux publics. Il me semble que son extension à l’internet était possible.
En attendant la jurisprudence qui ne manquera pas d’invalider l’HADOPI, j’invite à nouveau les artistes à faciliter la donation. Il me semble qu’une frange de la population serait prête à y investir quelque monnaie. Cela ne peut en tout cas pas leur nuire.

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